lundi 31 octobre 2011

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En cherchant sur ebay j'ai découvert par hasard "l'objet" suivant il y a plusieurs semaines.
Le commentaire du vendeur indiquait qu'il s'agissait d'une carte postale qui datait de 1900 environ, sans plus de détail.


Il y a plusieurs informations intéressantes sur cette image.

Effectivement le Café de la Régence se trouve à deux pas de la comédie française, d'où l'appellation "le rendez-vous des artistes".
La date de 1718 est reprise sous le dessin où l'on devine une pièce d'échecs (?).
Elle correspond à la date du changement de l'appellation du café en "Café de la Régence".
Cette date était connue de tous comme le montre la photo que j'ai déjà publiée.

Enfin l'information "le plus ancien café de Paris" est erronée puisque le plus vieux café de Paris est "le Procope" qui existe toujours d'ailleurs. 

Mais comment dater cette carte postale publicitaire ?
Un seul élément permet d'en avoir une idée très approximative, c'est la mention "OPERA 32-34". 
Il s'agit là du numéro de téléphone du Café de la Régence, avec l'ancienne numérotation en vigueur à Paris.
OPERA correspond au quartier de Paris où se trouve l'abonné, ensuite ce site spécialisé nous en apprend un peu plus.
On peut donc conclure que la carte date au plus tôt de 1912, mais l'absence de référence directe au jeu d'échecs (assez actif à la veille de la 1ère guerre mondiale) font penser à une carte d'après 1918 (où l'activité du Café de la Régence liée aux échecs va sombrer pour une quinzaine d'années).
Si quelqu'un a une idée plus précise de la datation de ce document je suis preneur ! 

jeudi 20 octobre 2011

Le comte de Falkenstein

Dans un précédent article j’indiquais que l’Empereur Joseph II était venu à Paris en 1777.
Vous trouverez ici une page web du sitedu Château de Versailles à ce sujet qui explique la raison de sa venue.
J’en extrais deux phrases

L’empereur arrive à Versailles le 19 avril. Soucieux de sa liberté de mouvement, il a pris le pseudonyme de comte de Falkenstein et loge dans une modeste auberge de la ville.

Si Versailles est le lieu des confessions, Paris est celui des découvertes. L’empereur veut tout voir et tout connaître. Il devient l’idole de la capitale par sa simplicité.

Ci-dessous j’ai reproduit un extrait d’un ouvrage qui raconte le séjour de l’Empereur.
Il s’agit d’un véritable livre de propagande ! Comme l’Empereur est bon avec le peuple français …

Dans celui-ci est raconté deux anecdotes sur sa venue au « Caffé de la Régence » pour y jouer aux « échets » (le « c » ne se prononçait pas et du coup l’orthographe du mot variait…).
Ces extraits ne sont pas datés, mais les anecdotes précédentes du livre laissent à penser que cette visite se fit début mai 1777. Espérait-il rencontrer Philidor ?


Source Google Book – Livre du Chevalier du Coudray, ancien Mousquetaire du Roy

Anecdotes intéressantes et historiques de l’illustre voyageur.
Pendant son séjour à Paris – 1777

Avertissement
C’est un Recueil des faits, dits, gestes et actions, avec les actes de générosité, de bienfaisance & même d’humanité de Monsieur le Comte de FALCKENSTEIN. On y ajoute les pièces de Vers & de Prose faites à sa louange.

(...) On rapporte cette aventure diversement : le lieu de la scène ne varie pas, c’est toujours au Caffé de la Régence. M. le Comte de Falckenstein entre dans ce Caffé pour y jouer une partie d’échets ; il n’y trouve personne, la Maîtresse lui dit que c’est à cause de l’Empereur qui devait venir au Palais Royal, « Voici plusieurs fois que cela arrive, dit-elle, & cela me fait grand tort, je ne vends rien le matin, tout Paris veut voir l’Empereur. Il est naturel d’estimer ceux qui font du bien. » Trois ou quatre personnes viennent & refusent toutes de jouer à cause de l’Empereur. Notre Illustre Voyageur reste seul, parle à la Limonadière ; & lui demande si elle a vu l’Empereur : cette femme répond simplement, que son état l’en empêchait : mais qu’elle fera en sorte de s’échapper un matin pour l’aller voir à son Hôtel, attendu que ce Prince était d’un abord facile. M. le Comte de Falckenstein ne dit mot ; tire un louis d’or & le lui donne, il ajoute ; « Voilà Louis XVI, & voilà l’Empereur »

L’autre version est, que M. le Comte de Falckenstein entre au caffé de la Régence, & demande à jouer aux échets, une personne seule s’offre pour faire sa partie, à condition qu’elle sera très-courte : mais comme elle ne finissait pas, notre joueur fort inquiet, se tourne, se remue, frappe du pied, & M. le Comte de Falckenstein demande à cette personne ce qu’elle a : « Monsieur, dit-il, c’est que l’Empereur doit venir au Palais Royal, & que j’ai grande envie de le voir : ainsi remettons la partie à ce soir, ou à demain matin ».

Un peu plus loin dans l’ouvrage on y lit la chose suivante.
Il est indiqué « la muse limonadière ». Est-ce la limonadière du Café de la Régence ? 
Le texte ne le dit pas, mais la proximité avec les anecdotes précédentes le laisse à penser.

Les Journalistes ont consigné aussi dans leurs Feuilles les pièces de vers que la verve de nos Poètes a produites. Jaloux de célébrer à l’envi les uns des autres la noble simplicité qui pare la personne & toutes les actions de M. le Comte de Falckenstein. L’impression séparée en a fait paraitre d’autres ; telle que cette Requête à Sa Majesté Impériale par la Muse Limonadière.

Depuis cette auguste Alliance
Formée entre l’Aigle & le Lis,
Loin d’être un Etranger en France,
Vous y trouvez votre pays,
Et surtout par la ressemblance
Des grandes qualités entre Vous & Louis :
La justice & la bienfaisance
Vous font chérir chez vos Sujets ;
Mais tout peuple aime à voir de près
Ceux qui font bénir leur puissance ;
Plus ils prodiguent leur présence,
Et plus les cœurs sont satisfaits.
Vous ordonnez sur Vous qu’on garde le silence
Mais en vain vous voulez voyager inconnu,
Prince, trop d’éclat vous devance,
Et c’est celui de la Vertu.


samedi 15 octobre 2011

Un petit coup de blues en 1870

En 1870, la revue "La Stratégie" publie un communiqué au sujet de la situation des échecs en France.
A cette époque cela fait maintenant plus de 25 ans qu'aucun français ne domine plus les Échecs dans le monde (défaite de Saint-Amant en 1843 face à Howard Staunton).
Il est difficile d'admettre que le vent a tourné pour les échecs en France.
On ressent une pointe d'arrogance ... de nationalisme dans ce que j'appelle un coup de blues de la Stratégie qui a du mal à accepter cette situation.
Mais comme il est dit le Café de la Régence continue d’être le sanctuaire révéré du culte échiquéen.

Quelques précisions sur le texte :
Ernest Morphy (photo) est l'oncle de Paul Morphy. Rappelons également que le premier voyage en Europe de Paul Morphy se déroula en 1858. C'est celui-ci qui marqua les esprits et fit la légende de Morphy.
Il est également fait mention dans le texte de "Monseigneur le duc de Brunswick".
Il s'agit là d'un des protagonistes de la célèbre partie jouée par Morphy à l'opéra de Paris.  

La Stratégie - début 1870

L’AVENIR DE L’ECHIQUIER FRANÇAIS

S’il fallait s’en rapporter à ce que nous avons entendu quelquefois, les Echecs seraient tombés, en France, dans un état de torpeur et de marasme qui ferait en quelque sorte désespérer de l’avenir. Nous sommes bien éloignés de penser ainsi.

A l’heure présente, il est vrai, on ne voit plus de noms tels que ceux de Philidor, de Labourdonnais, de Saint-Amant… autour de l’échiquier ; mais ces génies des Échecs ont imprimé dans le sol des traces ineffaçables ; nous avons entre les mains leurs parties, monuments impérissables de leur gloire ; nous possédons dans leur pureté, dans toute leur intégrité les traditions de la bonne école qu’ils ont léguées à leurs descendants ; le cercle des études s’est visiblement agrandi. Par eux la France échiquéenne a été placée en avant de cette idée (Napoléon III) comme des autres. Nous ne voulons pas, nous ne pouvons pas déserter ce poste d’honneur national ; tôt ou tard, il faudra bien, certes, que nous allions reprendre le sceptre que vient d’emporter à travers l’Océan l’élève glorifié d’Ernest Morphy, qui (qu’en sait-on ?) n’est peut être aujourd’hui le vainqueur des vainqueurs, que parce que le sang français coule dans ses veines (Paul Morphy est né d’une mère française).

Qu’on ne l’oublie pas : au moment où nous traçons ces lignes, le feu sacré rayonne sur tous les points de la France, et le Café de la Régence continue d’être le sanctuaire révéré du culte échiquéen. Si parfois, le désert se fait autour de ses échiquiers, l’histoire de son passé prouve que ce n’est là qu’un instant de halte dans le chemin de la gloire, dans la voie ascendante du progrès. Aux incrédules qui croient à l’extinction du feu sacré en France, nous montrerons, en outre, le Cercle agricole,  le Cercle du Chemin de fer et tant d’autres qui comptent un bon nombre de sommités. Les départements eux-mêmes ne participent-ils pas, pour leur bonne part, à ce mouvement de la capitale ? La Société Philomathique de Bordeaux, le Cercle des Beaux-Arts de Nantes, à Lyon, à Marseille, à Saint-Etienne et tutti quanti

Et puis un fait inouï dans les fastes de l’histoire, c’est ce qui s’est vu, ce qui se voit au faubourg Saint-Germain. Nous en avons déjà entretenu nos lecteurs, il y a quelques années, dans le Sport. Dédaignés par quelques amateurs sans vocation, les Echecs se vengèrent un jour en allant se mettre sous la protection des grandes Dames de l’aristocratie parisienne, et s’abriter ainsi sous les plus beaux noms de notre histoire. Si quelques réunions n’ont pu se continuer, par suite de circonstances indépendantes de la volonté humaine, on en a vu surgir d’autres non moins brillantes, non moins suivies. Aux samedis de Mme la marquise de C… ne doit-on pas ajouter les jeudis de Mme la marquise d’Andigné, les vendredis de S. A. R. Monseigneur le duc de Brunswick, les dimanches de MM. Le prince Villafranca et Valguanera, et tant d’autres qu’il serait trop long d’énumérer ?

Ce mouvement général, cette recrudescence du noble jeu, n’ouvrent-ils pas les plus belles perspectives ? Ne nous font-ils pas espérer, dans un avenir rapproché, l’apparition de quelque nouveau Labourdonnais qui aura pour mission de replacer la France sur ce trône des Échecs qui lui appartient.

Et par droit de conquête et par droit de naissance.

(communiqué)

Partie à but

Dans un précédent billet, j'indiquais ne pas connaitre l'origine de l'expression "jouer à but" quand deux joueurs jouaient à égalité de matériel.

Grâce à Jean-Pierre Rhéaume (Montréal - Province de Québec - Canada) que je remercie, cette imprécision est corrigée.
Voici l'explication qu'il a trouvée :

J’ai trouvé l’origine et l’explication de cette expression.

Le Robert, dictionnaire historique de la langue française, 2 volumes, nouvelle édition 1973.
Tome 1 (1156 pages numérotées en chiffres arabes, en plus des autres).

BUT
Paragraphe d’introduction suivi de plusieurs longs articles. 
Voici le début du  premier.

"Le mot, rare avant le XVIe siècle, n’est guère employé en ancien français que dans la locution but à but « sans restriction », puis « sans avantage de part et d’autre » à propos d’un échange (1312) et d’un jeu (XVIe s.) ; cette locution a vieilli après le XVIIe s."

vendredi 14 octobre 2011

La belle Madame Leclerc ?

Beaucoup de sources sur les origines du Café de la Régence indiquent la fondation du Café de la Place du Palais Royal par un certain Lefèvre à qui un Leclerc lui succéda.
C’est ce Leclerc qui changea le nom du Café en « Café de la Régence » en 1718 pour une raison incertaine...
Une plaque était d’ailleurs visible de tous au 161 Rue Saint-Honoré, indiquant la date de la fondation de la maison (voir la photo).

Pour l’article d’aujourd’hui mon intérêt se porte ailleurs. 
En effet toutes les sources indiquent :

Cahier de l’Echiquier Français, n°33, 1925 (Source BNF)

« (…) en 1688, un sieur Lefèvre inaugura, sur l’ancienne place du Palais-Royal, une maison qu’il appela : Café du Palais-Royal.
A Lefèvre succéda Leclerc dont la femme était d’une beauté telle que tous les galants accoururent pour voir « la belle cafetière ». En des sonnets au cours de l’époque, les rimeurs chantèrent les louanges de Mme Leclerc ; on ajoute que Philippe d’Orléans, duc de Chartres, Régent du Royaume de France, n’était pas insensible à ses charmes.
De cette aventure, ainsi que de la proximité du Palais du Régent avec la maison des « cafés », viendrait le nom de Café de la Régence que prirent, en 1718, les établissements Leclerc. On donnait en même temps à la belle Leclerc ses lettres de naturalisation dans le monde de la galanterie sous forme d’une pièce de vers intitulée : Brevet de Vénus pour Mme Leclerc, maîtresse du Café de la Régence (…) ».


Une autre source « L'Échiquier français. Journal publié par l'Union amicale des amateurs d'échecs de la Régence » indique dans sa « monographie du Café de la Régence » publié en 1906 (Source BNF)

« Le Café de la Régence, situé rue Saint-Honoré, 161, est le temple des échecs à Paris, depuis sa fondation.
A l’origine il se trouvait à l’angle de la place du Palais-Royal, et était tenu par un sieur Lefèvre, vers l’année 1688. Sa célébrité lui vint à cette époque de la galanterie qui y régnait en maîtresse.
Le successeur de Lefèvre, nommé Leclerc, avait une femme, dont la beauté attira une foule de galants. Un de ceux-ci composa, vers 1718, une pièce de vers pour la maîtresse du lieu, qu’il intitula : Brevet de Vénus pour Mme Leclerc. D’autres sonnets au goût de l’époque chantèrent la beauté de la joyeuse Dame et l’un d’eux parla même avec quelque irrévérence de Philippe d’Orléans, duc de Chartres, régent du royaume de France. C’est probablement ce sonnet qui fit donner à l’établissement le nom de Café de la Régence, vers 1718 (…). »

Il est connu que les arcades et les jardins du Palais-Royal étaient un lieu « chaud » de Paris au XVIIIème siècle. 
Les soirées organisées par le Régent ne furent pas pour rien dans la réputation de ce lieu…

Voici donc un sonnet ainsi que le texte du fameux « Brevet de Vénus ».
Il y a un point qui me chagrine, c’est la date indiquée dans le texte : 1741.
J’ai trouvé une autre source qui indique 1738 (Description bibliographique des livres choisis en tous genres 2eme tome 1858 - Google Book) . 
Je resterai sur cette date de 1738, même si elle ne colle pas trop avec ce qui est indiqué dans les deux extraits ci-dessus.
Mais comme 1738 est citée par la référence la plus ancienne, faute de mieux c'est cette date que j'ai choisi arbitrairement pour le moment.


Une chose est sûre. En lisant le « Brevet de Vénus », ainsi que le sonnet, il y a un gros doute sur les mœurs de cette Mme Leclerc, mais également on ne peut pas dire que le texte soit très positif sur sa beauté et son comportement…

Par exemple l’extrait suivant, on est loin de la galanterie louée dans les Cahier de l’Echiquier Français…

Qu’il l’instruise en l’art divin
De pouvoir déguiser son teint,
Qui fait penser à tout le monde
Qu’elle a déjà le mal immonde ;

J’ai laissé l’orthographe telle qu’elle était dans le texte original.


Recueil dit de Maurepas – Pièces libres
Chansons, Epigrammes et autres vers satiriques sur divers personnages des siècles de Louis XIV et Louis XV – 4ème tome – Edité en 1865 (Source Google Book)

1741 deux textes concernent le Café de la Régence

Chanson
Sur l’air : Dirai-je mon confiteor

La chandelière Berthelin
Est, dit-on, en grande doléance
De voir sa nièce catin (1),
Et son gendre en défaillance (2),
Et pour surcroit d’affliction,
Son fils ainé faire cession (3).

(1)   La femme du sieur Leclerc, limonadier du café de la Régence, partie pour l’Angleterre.
(2)   Boivin, notaire, qui a fait une espèce de banqueroute.
(3)   Il y a environ 15 mois que la dame Berthelin a obtenu de son fils ainé, qui avoit fait pour 40 mille livres de dettes.

BREVET DE VENUS
En faveur de mademoiselle Leclerc, limonadière du café de la Régence (novembre 1741).

Nous, souveraine de Cythère,
Reine d’Amathonte et de Paris,
A nos amés et favoris
Du vaste et galant hémisphère,
A nos peuples, joyeux gaillards,
Beaux jours, chevance et hazards.
La maîtresse de la Régence
Nous ayant fait représenter
Qu’elle ne sauroit surmonter
Certains feux de concupiscence
Qui la tourmentent jour et nuit ;
Mais que n’ayant eu de nature
Ni les charmes ni la figure,
Ni les agrémens de l’esprit,
Qui donnent entière licence
Aux femmes qui les ont reçus
De faire leurs maris cocus,
A ce défaut, sans nos dispenses,
Elle n’osoit cocufier
Le sien ; que, dans ces circonstances,
Elle nous faisoit supplier
De vouloir l’en gratifier.
Vu ses besoins, ayant fait preuve
Qu’elle n’est pas, bien s’en faut, neuve
Dans l’art de duper un jaloux,
Et de glisser un billet doux ;
Que par de fréquentes avances
Et d’utiles condescendances,
Elle sait quêter des galans,
Et suppléer aux agrémens ;
Que d’une excessive coquette
Elle a le goût pour la fleurette,
Les rares dispositions,
Les mines, les contorsions,
Les airs lascifs, la suffisance ;
Ayant d’elle reçu serment,
D’observer tous nos règlemens
Contre la pudeur, la décence,
De notre pleine autorité,
L’avons dès ce jour relevée
Du serment de fidélité
Par elle fait à l’hyménée ;
Permettons, voulons et nous plait
Que, quoiqu’elle ne soit jolie,
En vertu du présent brevet,
Sans crainte elle le cocufie,
Jusqu’à nonante mille fois.
A son mari faisons défense
De la troubler dans l’observance
De nos dogmes et de nos lois,
D’en exiger la jouissance,
Sous peine de prompte impuissance.
Si nous donnons en mandement
Et commandons expressément
A l’adroit et léger mercure
De la faire jouir des honneurs
Déférez aux lubriques sœurs
De l’ordre de notre ceinture ;
Qu’il lui fournisse, dans un mois,
De l’Arétin un exemplaire,
Pour y chercher et faire choix
D’une attitude salutaire,
Ayant fait déclaration
Que la posture conjugale
Lui causoit suffocation,
Et lui pourroit être fatale ;
Qu’il l’instruise en l’art divin
De pouvoir déguiser son teint,
Qui fait penser à tout le monde
Qu’elle a déjà le mal immonde ;
Et le présent il publiera
Partout où de besoin sera.
Donné sur les bords de la Seine,
Le jour qu’un peuple Italien,
Célébra de Vulcain la peine,
Le bonheur de Mars et le mien.





mardi 11 octobre 2011

Joueurs d’Echecs 1939 - Comment se répartissent dans Paris leurs « quartiers généraux ».

Alors que les bruits de bottes se font entendre et que le monde entier va bientôt basculer dans l'horreur du deuxième conflit mondial, Yves Dartois (écrivain et journaliste) signe un papier sur les joueurs d'échecs dans Paris dans l'édition du jeudi 2 février 1939 du Petit Parisien (Source Gallica - BNF).
(Source Gallica - BNF)

Je tire deux conclusions de cet article :
1) L'activité "échecs" au Café de la Régence ne semble être qu'un argument commercial pour attirer des touristes étrangers. Le patron semble ravi de cette fréquentation nombreuse.
2) Soit l'article est superficiel, soit la situation du jeu d'échecs à Paris à la veille de la guerre est vraiment triste et pauvre.

En tout cas à l'heure actuelle, c'est la trace la plus récente que j'ai trouvée au sujet du Café de la Régence et de joueurs d'échecs le fréquentant.

20/03/2012 : Depuis, une source plus récente de l'activité du jeu d'échecs au Café de la Régence m'a été signalée par Etienne Cornil. Voir cet article qui repousse la limite actuelle à 1943.

JOUEURS D’ECHECS 1939
Comment se répartissent dans Paris leurs « quartiers généraux ».

Au milieu du perpétuel tourbillon de gens, de gouts et de systèmes qui nous assaille, quelle race permanente et stable que celle des joueurs d’échecs.
Cependant, dira-t-on, il y avait des joueurs d’échecs au Procope au XVIIIème siècle. Il n’y en a plus aujourd’hui. Sans doute, mais il a fallu pour cela mille circonstances qui nous mèneraient trop loin, et… deux siècles. Dans l’ensemble les joueurs d’échecs sont les plus fidèles du monde.
A la Régence, d’abord, les joueurs d’échecs ont toujours fréquentés dans ce noble café, et je pense qu’ils y fréquenteront toujours. Les lambris travaillés, les macarons ornés ont vu bien des joueurs depuis le célèbre musicien Duncan dit Philidor, jusqu’à nos jours en passant par des gens autour desquels on faisait cercle, comme le maître Deschapelles champion du monde de 1834 à 1840 qui jouait autour d’un cercle de dandys et de lions à sous-pieds.
-      -    Les années présentes voient-elles diminuer le nombre de vos joueurs ? avons-nous demandé au patron.
-       -   Oh, jamais ! Pensez-vous ! Il y en a tout autant qu’avant la guerre.
Je respirai : la tradition ne s’éteint donc pas.
-       -   Majorité française ou étrangère ?
-       -   Etrangère.
Ils ont leur sanctuaire. C’est la salle du fond à gauche.
Et, au milieu de la salle, gardée par une chaîne contre les mains sacrilèges, trône une table de café : la table où jouait Bonaparte. Un écriteau précise : « Bonaparte, premier consul, jouait sur cette table en 1798. » Dans son zèle, le peintre de lettres a avancé encore la carrière de Bonaparte pourtant rapide ! En 98 celui-ci n’était que général. A cette erreur près, l’histoire est vraie.
Ah ! cette table de Bonaparte ! C’est l’orgueil, le palladium des joueurs d’échecs du monde entier ! Et, pourtant, Bonaparte n’était qu’un joueur médiocre !
Il arriva deux ou trois fois que des Anglais offrirent des sommes importantes pour jouer une partie, une seule, sur la table de l’empereur ! Anglais et joueurs, c’est tout dire ! La direction de la Régence refusa dignement.
A deux pas de là, les arcades du Palais-Royal, nostalgiques et rêvant aux jours fastes d’autrefois, abritent un café dont le nom retenti bien haut dans l’imagination gourmande de nos pères : le Grand Véfour. L’association des joueurs d’échecs du Palais-Royal a élu là domicile. On peut dire domicile, car ils y sont du matin au soir.
Ces joueurs se réunissaient autrefois à la Rotonde, qui fut détruite, voici une dizaine d’années. Au Véfour, ils ont retrouvé un cadre à leur image, calme et plein de traditions glorieuses. Les plafonds, les murs sont encore incrustés de délicates peintures, d’émaux coûteux, de verreries peintes comme des miniatures.
Mais il importe peu aux joueurs d’échecs : ceux-ci ne lèvent pas même la tête vers les plafonds exquis. Le front dans les coudes, ils calculent. Au contraire de la Régence, il y a plus de Français que d’étrangers.
Des jeunes et des vieux. Beaucoup, vers cinq heures, saluent et s’installent. Le joueur d’échecs n’est pas curieux : beaucoup de ces joueurs connaissent leur partenaire depuis des années sans même savoir les occupations ni la fortune de celui-ci. J’ai raconté l’histoire de Jules Grévy annonçant à son partenaire qu’il interrompait la partie, devenant Président de la République. On pourrait multiplier cette anecdote. Elle n’étonnerait personne au Palais-Royal.
A l’époque où le maître Silber était premier violon, un Anglais s’approcha de lui après l’exécution particulièrement réussie d’un air d’Orphée aux enfers :
-          Mes compliments, monsieur. Et puis, vous avez un frère qui joue si bien aux échecs ! Il vous ressemble.
M.Silber n’avait pas de frère. Mais l’anglais n’avait pu penser que le joueur d’échecs, qui avait tenu contre lui une merveilleuse partie, fût le même que ce brillant violoniste. Pour lui, un si beau joueur n’avait pas d’autre profession.
Côté rive gauche, les joueurs ont le Ludo, rue de la Sorbonne. C’est le seul cas d’un café d’échecs qui soit bruyant. Les joueurs pardonnent en faveur des étudiants et du quartier Latin. Beaucoup de ses habitués sont, d’ailleurs, eux-mêmes des étudiants.
On compte aussi quelques noyaux de joueurs à Buffalo ou dans une brasserie du XVème…
Les gérants affectionnent les joueurs d’échecs. Et, pourtant, ceux-ci ne sont guère de gros clients : un joueur véritable reste tout un après-midi devant un bock.
Mais c’est une clientèle fidèle, de mœurs honnêtes… Elle impose aussi l’obscur reflet que donnent la sagesse et le mépris des vaines agitations.

Yves Dartois.

lundi 10 octobre 2011

Petite annonce de 1752

Dans un précédent article, je cite M.Rey comme propriétaire du Café de la Régence dans la deuxième partie du XVIIIème siècle. 
Il est notamment cité par Diderot dans "Le neveu de Rameau". 

Voici une petite annonce parue dans "Annonces, Affiches et Avis divers 1752 - Source Gallica BNF".
Si vous connaissez un peu Paris, Picpus est désormais un quartier du 12ème arrondissement. Elle est loin la campagne !




"Jolie Maison de campagne, à Picpuce, à demi-lieue de la Porte S.Antoine, près de la barrière de ce nom, & vis-à-vis de l'Avenue de Vincennes. A louer. On s'adreffera à M.Rey, Officier de Mgr. le Duc d'Orléans, au Caffé de la Régence, place du Palais Royal."

Une partie contre une mazette

(Samuel Rosenthal)

Voici une partie jouée par Samuel Rosenthal en mars 1878 (revue La Stratégie) pour illustrer mon précédent article.

Il rend une tour à son adversaire...qui est donc une mazette !

Il y a beaucoup de choses à dire au sujet de Samuel Rosenthal. Il fut sans aucun doute le plus fort joueur du Café de la Régence à la fin du XIXème siècle.



samedi 8 octobre 2011

Joueur de quilles, mazette …

Le jeu à handicap est partie intégrante du jeu d’échecs durant près de deux siècles au Café de la Régence, c'est-à-dire quasiment du début du XVIIIème à la fin du XIXème siècle. 
Le handicap se concrétise le plus souvent par un avantage matériel pour le joueur le plus faible.

Lorsque deux adversaires sont de même niveau ou qu’ils s’estiment comme tel, alors ils jouent « à but » c'est-à-dire avec toutes les pièces sur l’échiquier. J’ignore d’où provient cette expression « à but » mais elle se retrouve très souvent jusqu’à la fin du XIXème siècle.

Voici un extrait du livre sur Philidor de Sergio Boffa au sujet du jeu à handicap :

« Le jeu à handicap se pratique lorsque les adversaires sont d’un niveau trop inégal. Il ne s’agit pas simplement de fair-play. L’aspect financier joue un rôle non négligeable. Les forts joueurs de l’époque auraient en effet eu bien du mal à trouver un adversaire prêt à risquer une somme d’argent dans une partie perdue d’avance. Grâce  au handicap, le joueur le plus fort n’est plus inévitablement assuré du gain et les paris peuvent être ouverts (…)
Le jeu à handicap est à la mode dès le XVIème siècle. Damiano est le premier théoricien à analyser cette manière particulière de conduire la partie. Cette manière de jouer restera en vogue jusqu’à la fin du XIXème siècle. De nos jours, par contre, les parties à handicap sont très rares(…) »

Ci-dessous un extrait d’une lettre publiée dans le Palamède en 1845 qui donne quelques explications sur les niveaux des joueurs en fonction du handicap.

(Source image - Edmond Texier Tableaux de Paris 1852 BNF Gallica)

A Monsieur Gabriel C…., à ….
Paris, le 21 octobre 1844

Mon cher ami,

J’attends avec impatience votre retour à Paris, que vous m’annoncez pour le mois prochain. Je suis curieux de connaître par moi-même ces progrès au jeu d’Echecs, dont vous me parlez avec tant de confiance. Vous me dites avoir fait à la campagne plus de cent parties avec mon vieux camarade N…., et vous êtes heureux d’être parvenu à balancer le succès avec lui.

Voilà un des plus précieux avantages de ce jeu, c’est que les amateurs de la force la plus médiocre, pardonnez-moi ce mot, y trouvent autant d’attrait que les plus habiles. Je connais le talent de N… aux Echecs, et je vous dirai avec franchise que je gémis de ne pas vous voir plus fort que lui. Je vous conseille donc de faire quelque étude pour arriver à pouvoir sinon jouer à but avec les maîtres, au moins à suivre leur partie avec intérêt et à la comprendre.

Sachez que tout amateur qui peut recevoir la Reine n’est (selon les forts) qu’un joueur de quilles. Ceux qui ne reçoivent plus que la Tour ne sont encore que des mazettes (toujours aux yeux des forts). Celui a qui on ne peut plus rendre la Tour est un joueur au Cavalier. Or, un joueur qui reçoit une pièce n’est pas même classé. On ne commence à être compté pour joueur d’Echecs que lorsqu’on peut lutter contre les géants de la science à Pion et deux traits, à Pion et trait, à Pion pour trait, etc., etc.

Quant à la désignation de mazette, elle n’est pourtant pas à dédaigner. Un amateur qui sur dix parties à la Tour en gagnerait cinq contre nos plus forts joueurs, pourrait dans tout nos salons faire sa partie avec succès. Il faut donc d’abord vous mettre en mesure de passer de la classe des joueurs de quilles dans celle des mazettes.

Pour cela vous n’avez qu’à suivre seul les leçons élémentaires du Palamède, depuis le premier numéro jusqu’au dernier. Avant de jouer le coup indiqué dans le livre, regardez attentivement la position, et demandez-vous ce que vous joueriez, si vous aviez la conduite de la partie ; puis comparez votre coup à celui qui est indiqué. (…) 

Votre dévoué, SAINT-ELME LEDUC.

Enfin pour terminer, à ma connaissance l’expression de « joueur de quilles » n’est plus usitée, mais « mazette » est toujours d’actualité ! 
Voici un lien sur un débat étymologique au sujet du mot "mazette".